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Il y a un an… Une journée mémorable

vendredi, juillet 30th, 2010

« On est pauvre mais notre richesse, elle est là » m’a-t-il dit en me montrant la Lagune. Toute la richesse de la nature. Ce pourrait être la morale d’un conte, d’une légende. Mieux que cela, c’est une histoire vraie que je vais vous conter.

Je me baladais à la sortie du marché. C’était la première fois que je venais à Masaya. Je ne cherchais rien de spécial alors je me suis promenée tout d’abord dans le marché puis dans les quartiers périphériques. Je marchais sans but, observant les maisons et les habitants devant lesquels je passais. Des sourires échangés sur le passage. Une belle journée. Se baladant en vélo, José Angel s’est approché et l’on a commencé à discuter tout en avançant, moi à pied, lui en vélo. Il me proposa de m’emmener au parc central sur son vélo. J’hésitai une demi-seconde avant d’accepter. Ma mère m’a bercée aux proverbes et aux citations : « Ne fais pas confiance aux puissants et aux riches mais au premier venu sur le regard ». José Angel m’a par la suite proposé de me faire visiter la ville et de fil en aiguille, il m’a amené jusqu’à la Laguna de Apoyo, une lagune unique et merveilleuse située à quelques kilomètres de là. A l’écart  du belvédère touristique, nous étions au milieu de la nature pour observer le paysage. Je le questionnais, il me raconta son histoire, son travail, ses balades et son goût de présenter les merveilles de la ville aux touristes. « Certains font cela pour recevoir quelque chose… je n’attends rien… je rencontre des gens. Le plus souvent les gens refusent. Ils ont peur. Mon jean est déchiré et mon t-shirt troué ». Je ne m’avais même pas remarqué. José travaille avec ses frères et sœurs dans la maison que leurs parents leurs ont laissés en partant. Ils fabriquent des jouets en bois qu’ils vendent dans la rue au Honduras, au Salvador et plus rarement au Nicaragua. Cela ne rapporte pas grand chose. C’est tout juste suffisant pour survivre. Sa liberté, c’est son vélo qui lui permet de s’enfuir, de se balader. « Nous sommes pauvres mais notre richesse, elle est  là » m’a-t-il dit en me montrant la Lagune.

Merci José.

Le bateau pour San Carlos

samedi, octobre 31st, 2009

Deux fois par semaine, un bateau traverse le lace Cocibolca de Granada à San Carlos. Cette liaison de plus de 10h permet d’éviter un tout aussi long trajet en bus sur un piste. Le bateau transporte marchandises et passagers en 1er et seconde classe.

J’ai fait ce trajet de nuit afin de me rendre au Rio San Juan à partir de l’île d’Ometeppe. Je dois vous avouer que j’ai peu dormi grâce à tout ce qui s’y passe.

Histoire d’un trajet en bateau sur le lac Cocibolca.

Désirant vivre tant que possible avec les Nicaraguayens, j’ai demandé une seconde classe en arrivant au port. On m’a donné une première. Idem pour une jeune fille du Liechtenstein que j’ai rencontré dans le taxi en arrivant, de toute évidence les étrangers n’ont pas le choix. Le bateau est constitué de deux étages. Au premier se trouvent les marchandise et la seconde classe (une centaine de place sur des bancs en bois) et à l’étage la première classe peux accueillir une 60aine de personnes sur des banquettes (mais elle n’ai jamais guère plus remplie qu’à moitié ce qui donne plus d’espace que de nécessaire pour s’allonger si l’on le désire).

Le pont de la seconde classe

Le pont de la seconde classe

Je suis restée sur le pont, l’air conditionnée de l’intérieur de la cabine m’étant insupportable et je préfère l’air de la mer. Très rapidement, tout le monde s’allonge où il peut pour dormir, sur le sol et si possible à l’abri du vent.

Le pont de la première classe après le départ

Le pont de la première classe après le départ

Je reste près d’une cheminée qui me chauffe le dos tout en observant la vie calme de la seconde classe. Cette positon haute me gène. Je m’assied par terre pour moins la sentir.

Deux jeunes sont sur les escaliers qui mène à l’étage de l’autre côté de la porte à barreau, fermée à clef. Petit à petit, nous nous mettons à discuter. L’un d’entre eux à 22 ans, l’autre 18. Ils partent pour le Costa Rica pour participer à la récolte du café. Là-bas, les salaires sont 2 à 2,5 fois plus élevé qu’au Nicaragua pour le même travail. Ils n’ont pas de cedula (carte d’identité) comme de nombreux nicaraguayens. Les démarches sont longues et chères pour obtenir la régularisation dans son propres pays, et d’autant plus dures quand on ne fais pas officiellement parti du parti au pouvoir et que l’on a pas d’ami dans l’administration. Alors pour passer la frontière, il « ami » viendra les chercher. Dans trois jours, ils seront au Costa Rica dans la plantation du nord où ils travailleront jusqu’à ce qu’il n’y ai plus de travail. « C’est la quatrième fois que je vais au Costa Rica. J’y passe entre 6 et 9 mois puis je reviens au Nicaragua » m’indique le plus âgé. Son compagnon, lui, va passer la frontière pour la première fois. « Il n’y a pas de travail ici ». Ils sont calmes, ils sourient. C’est peut être la nuit ou l’air de la mer qui fait du bien. Peut-être voient-ils leur trajet comme un voyage. Ils sont conscients des risques qu’ils prennent en passant illégalement la frontière mais ne semblent pas s’en inquiéter. Nous arrivons à la première escale du bateau, un membre du personnel de bord nous sépare pour demander le passage. Je ne les reverrai plus.

De futurs immigrés au Costa Rica. Dans trois jours, ils y seront...

De futurs immigrés au Costa Rica. Dans trois jours, ils y seront…

La population du Nicaragua est de 5,6 millions d’habitants au dernier recensement. Il y aurait 2 millions de personnes qui travailleraient au Costa Rica, 1 million aux États-Unis. Ces chiffres sont sont pas vérifiés mais différentes personnes me les ont donné. De nombreux nicaraguayens travaillent également en Espagne. L’idée est de partir un temps pour économiser suffisamment d’argent pour construire une maison et voir l’avenir avec plus de confiance une fois de retour au pays.

Le Costa Rica voisin permet de pouvoir revenir de temps en temps au pays et de voir les enfants que l’on laisse souvent à la charge des grands-parents, d’un membre de la famille ou d’un ami. Quand les gens partent aux États-Unis, c’est souvent pour plus longtemps ou pour toujours. Les papiers sont durs à obtenir et nombreux sont ceux qui meurent sur la route d’une entrée clandestine en passant par le Mexique. Le passage est cher (on m’a parlé de 7000 dollars) et j’ai de quoi me demander si c’est vraiment rentable. La vision des USA est idyllique et à mon avis très éloignée de la réalité qu’ils vont trouver sur place.

Déchargement, chargement, descente et montée de passagers. Quand le calme revient, je retourne m’asseoir près de la cheminée au fond du bateau. Un garçon s’installe à côté de moi. Il travaille sur le bateau. Avec 7 autres jeunes, il s’occupe de la manutention lors des escales. Les autres sont allongés sur le pont au milieu des autres passagers endormis. Lui n’arrive pas à dormir pendant le trajet alors il vient s’installer ici, près de la cheminée, car il y fait chaud. Il a 18 ans, a terminé la segundaria (l’équivalent du lycée qui se termine à 16 ans). Pendant 2 ans, il a aidé sa mère à s’occuper de la maison, cuisinant et s’occupant de son petit frère. Depuis 3 mois, il travaille sur le bateau. Deux aller/retour par semaine. Départ le lundi de Granada à 14h, retour le mercredi à 5h du matin. Départ le jeudi à 14h, retour le samedi à 5h du matin. Seulement 4 heures de pause à San Carlos à chaque fois, 3 escales à chaque trajets, ce qui signifie peu de nuit complète dans la semaine. « C’est fatiguant » me dit-il. Je veux bien le croire. Pour cela, il gagne 1300C$ par mois, soit moins de 50 euros. Pas de quoi vivre dignement à mon avis, mais cela aide la famille. « Ce que je veux, c’est me marier et aller vivre ailleurs, au Honduras, au Salvador, voyager un peu… J’ai plusieurs amis qui ont fait ça ». Ce que j’admire, c’est qu’il y a ces rêves et la volonté de les accomplir.

Jason, qui travaille sur le bateau.

Jason, qui travaille sur le bateau.

Nouvelle escale. Déchargement, chargement. Le quai est bondé. Pour pouvoir faire rentrer tout le monde, on ouvre la première classe. Entre 100 et 200 personnes montent à bord. Au loin, on entend l’hymne du FSLN (Front Sandiniste de Libération Nationale, parti de la révolution de 1979, de nouveau au pouvoir depuis 2006) et les exclamations enregistrées de  » ¡Viva Sandino! ». La grande majorité des nouveaux arrivants font parti des Jeunesses Sandinistes. Ils vont rejoindre San Carlos pour assister au discours de Daniel Ortega, le président de la république le lendemain. Malgré mes questions, je n’ai pas réussit à comprendre quel était exactement le but du discours et de la réunion.

La montée des passagers sous le chant de lhymne du FSLN

La montée des passagers sous le chant de l’hymne du FSLN

Maintenant, je souhaite dormir un peu. Il n’y a plus un espace libre. Tant pis, je me recroqueville dans un coin et attends l’arrivée au port, au levé du jour.

Le port de San Carlos au levé du jour. Il est 5h du matin.

Le port de San Carlos au levé du jour. Il est 5h du matin.