Octobre 2009

Le bateau pour San Carlos

Posted by Hélène Legay on octobre 31, 2009
Histoire et Politique, Octobre 2009, Portraits de Nicaraguayens / No Comments

Deux fois par semaine, un bateau traverse le lace Cocibolca de Granada à San Carlos. Cette liaison de plus de 10h permet d’éviter un tout aussi long trajet en bus sur un piste. Le bateau transporte marchandises et passagers en 1er et seconde classe.

J’ai fait ce trajet de nuit afin de me rendre au Rio San Juan à partir de l’île d’Ometeppe. Je dois vous avouer que j’ai peu dormi grâce à tout ce qui s’y passe.

Histoire d’un trajet en bateau sur le lac Cocibolca.

Désirant vivre tant que possible avec les Nicaraguayens, j’ai demandé une seconde classe en arrivant au port. On m’a donné une première. Idem pour une jeune fille du Liechtenstein que j’ai rencontré dans le taxi en arrivant, de toute évidence les étrangers n’ont pas le choix. Le bateau est constitué de deux étages. Au premier se trouvent les marchandise et la seconde classe (une centaine de place sur des bancs en bois) et à l’étage la première classe peux accueillir une 60aine de personnes sur des banquettes (mais elle n’ai jamais guère plus remplie qu’à moitié ce qui donne plus d’espace que de nécessaire pour s’allonger si l’on le désire).

Le pont de la seconde classe

Le pont de la seconde classe

Je suis restée sur le pont, l’air conditionnée de l’intérieur de la cabine m’étant insupportable et je préfère l’air de la mer. Très rapidement, tout le monde s’allonge où il peut pour dormir, sur le sol et si possible à l’abri du vent.

Le pont de la première classe après le départ

Le pont de la première classe après le départ

Je reste près d’une cheminée qui me chauffe le dos tout en observant la vie calme de la seconde classe. Cette positon haute me gène. Je m’assied par terre pour moins la sentir.

Deux jeunes sont sur les escaliers qui mène à l’étage de l’autre côté de la porte à barreau, fermée à clef. Petit à petit, nous nous mettons à discuter. L’un d’entre eux à 22 ans, l’autre 18. Ils partent pour le Costa Rica pour participer à la récolte du café. Là-bas, les salaires sont 2 à 2,5 fois plus élevé qu’au Nicaragua pour le même travail. Ils n’ont pas de cedula (carte d’identité) comme de nombreux nicaraguayens. Les démarches sont longues et chères pour obtenir la régularisation dans son propres pays, et d’autant plus dures quand on ne fais pas officiellement parti du parti au pouvoir et que l’on a pas d’ami dans l’administration. Alors pour passer la frontière, il « ami » viendra les chercher. Dans trois jours, ils seront au Costa Rica dans la plantation du nord où ils travailleront jusqu’à ce qu’il n’y ai plus de travail. « C’est la quatrième fois que je vais au Costa Rica. J’y passe entre 6 et 9 mois puis je reviens au Nicaragua » m’indique le plus âgé. Son compagnon, lui, va passer la frontière pour la première fois. « Il n’y a pas de travail ici ». Ils sont calmes, ils sourient. C’est peut être la nuit ou l’air de la mer qui fait du bien. Peut-être voient-ils leur trajet comme un voyage. Ils sont conscients des risques qu’ils prennent en passant illégalement la frontière mais ne semblent pas s’en inquiéter. Nous arrivons à la première escale du bateau, un membre du personnel de bord nous sépare pour demander le passage. Je ne les reverrai plus.

De futurs immigrés au Costa Rica. Dans trois jours, ils y seront...

De futurs immigrés au Costa Rica. Dans trois jours, ils y seront…

La population du Nicaragua est de 5,6 millions d’habitants au dernier recensement. Il y aurait 2 millions de personnes qui travailleraient au Costa Rica, 1 million aux États-Unis. Ces chiffres sont sont pas vérifiés mais différentes personnes me les ont donné. De nombreux nicaraguayens travaillent également en Espagne. L’idée est de partir un temps pour économiser suffisamment d’argent pour construire une maison et voir l’avenir avec plus de confiance une fois de retour au pays.

Le Costa Rica voisin permet de pouvoir revenir de temps en temps au pays et de voir les enfants que l’on laisse souvent à la charge des grands-parents, d’un membre de la famille ou d’un ami. Quand les gens partent aux États-Unis, c’est souvent pour plus longtemps ou pour toujours. Les papiers sont durs à obtenir et nombreux sont ceux qui meurent sur la route d’une entrée clandestine en passant par le Mexique. Le passage est cher (on m’a parlé de 7000 dollars) et j’ai de quoi me demander si c’est vraiment rentable. La vision des USA est idyllique et à mon avis très éloignée de la réalité qu’ils vont trouver sur place.

Déchargement, chargement, descente et montée de passagers. Quand le calme revient, je retourne m’asseoir près de la cheminée au fond du bateau. Un garçon s’installe à côté de moi. Il travaille sur le bateau. Avec 7 autres jeunes, il s’occupe de la manutention lors des escales. Les autres sont allongés sur le pont au milieu des autres passagers endormis. Lui n’arrive pas à dormir pendant le trajet alors il vient s’installer ici, près de la cheminée, car il y fait chaud. Il a 18 ans, a terminé la segundaria (l’équivalent du lycée qui se termine à 16 ans). Pendant 2 ans, il a aidé sa mère à s’occuper de la maison, cuisinant et s’occupant de son petit frère. Depuis 3 mois, il travaille sur le bateau. Deux aller/retour par semaine. Départ le lundi de Granada à 14h, retour le mercredi à 5h du matin. Départ le jeudi à 14h, retour le samedi à 5h du matin. Seulement 4 heures de pause à San Carlos à chaque fois, 3 escales à chaque trajets, ce qui signifie peu de nuit complète dans la semaine. « C’est fatiguant » me dit-il. Je veux bien le croire. Pour cela, il gagne 1300C$ par mois, soit moins de 50 euros. Pas de quoi vivre dignement à mon avis, mais cela aide la famille. « Ce que je veux, c’est me marier et aller vivre ailleurs, au Honduras, au Salvador, voyager un peu… J’ai plusieurs amis qui ont fait ça ». Ce que j’admire, c’est qu’il y a ces rêves et la volonté de les accomplir.

Jason, qui travaille sur le bateau.

Jason, qui travaille sur le bateau.

Nouvelle escale. Déchargement, chargement. Le quai est bondé. Pour pouvoir faire rentrer tout le monde, on ouvre la première classe. Entre 100 et 200 personnes montent à bord. Au loin, on entend l’hymne du FSLN (Front Sandiniste de Libération Nationale, parti de la révolution de 1979, de nouveau au pouvoir depuis 2006) et les exclamations enregistrées de  » ¡Viva Sandino! ». La grande majorité des nouveaux arrivants font parti des Jeunesses Sandinistes. Ils vont rejoindre San Carlos pour assister au discours de Daniel Ortega, le président de la république le lendemain. Malgré mes questions, je n’ai pas réussit à comprendre quel était exactement le but du discours et de la réunion.

La montée des passagers sous le chant de lhymne du FSLN

La montée des passagers sous le chant de l’hymne du FSLN

Maintenant, je souhaite dormir un peu. Il n’y a plus un espace libre. Tant pis, je me recroqueville dans un coin et attends l’arrivée au port, au levé du jour.

Le port de San Carlos au levé du jour. Il est 5h du matin.

Le port de San Carlos au levé du jour. Il est 5h du matin.

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Le Rio San Juan

Posted by Hélène Legay on octobre 24, 2009
Lieux - Tourisme, Nature, Octobre 2009 / 1 Comment
Un envol doiseaux sur le bord du Rio San Juan

Un envol d’oiseaux sur le bord du Rio San Juan

Une balade de 7 heures au bord de l’eau à observer les oiseaux, les tortues marines et même quelques crocodiles… C’est le trajet que j’ai effectué sur le Rio San Juan pour me rendre de El Castillo à San Juan de Nicaragua (ancien San Juan del Norte). La descente dure toute la journée mais la faune et la flore ne lassent pas. Mon exercice principal a consisté à capturer en photo les animaux observés mais la vitesse du bateau ne permet pas de faire des miracles et les crocodiles n’ont pas voulu que je leur fasse un portrait.

Les tortues et le vols des papillons jaunes (détail dune photo)

Les tortues et le vols des papillons jaunes (détail d’une photo)

Le Rio San Juan est un fleuve qui constitue la frontière sud-est entre le Nicaragua et le Costa Rica. Long de plus de 100km, il prend sa source dans le lac Cocibolca et plonge dans la mer des Caraïbes. Il est bordé de forêt vierge par endroits et de quelques petits villages et maisons au bord de l’eau.

Un mur de verdure de plusieurs dizaines de mètre de haut au bord du Rio San Juan

Un mur de verdure de plusieurs dizaines de mètre de haut au bord du Rio San Juan

Il est parfois étonnant d’observer la vie d’une famille au bord du fleuve : il n’y a pas d’électricité et la plupart des familles doivent vivre en quasi autonomie pour la nourriture et tous les produits du quotidien car l’épicerie la plus proche est souvent à plus d’une demi-heure en barque a moteur et beaucoup plus à la rame. Les femmes lavent le linge dans le fleuve pendant que les enfants se baignent et plongent de la rive.

Un garçon au bord du Rio San Juan

Un garçon au bord du Rio San Juan

Je n’ai pas eu l’occasion de m’arrêter pour discuter avec les habitants mais il est clair que la vie est très différente de la nôtre en France mais également de la vie de la majorité des Nicaraguayens de la côte Pacifique.

La forêt vierge qui borde le Rio San Juan est pour une grande partie protégée en tant que réserve naturelle : la réserve Indio-Maiz. Je souhaitais y faire un petit tour à partir du Refugio Bartola (un centre de tourisme communautaire qui borde la réserve) mais le manque d’organisation et la difficulté d’accès dans ce lieu m’en a empêché. La réserve est un lieu magique pour observer la richesse de la faune et de la flore. Moi-même, non spécialiste, ai pu observer à partir d’une balade à San Juan de Nicaragua un très grand nombre de papillons, d’oiseaux et de libellules.
Aujourd’hui, cet espace naturel s’ouvre peu à peu aux touristes avec la création d’hôtels et de restaurants. J’espère que la croissance certaine du tourisme dans les prochaine années se fera dans le respect de la nature et des populations locales, selon les principes du tourisme durable et responsable car sinon, les dangers sont grands. Le versant Costa Rica du fleuve, possédait les même richesses. Ouvert aux touristes depuis longtemps, la diversité exceptionnelle que le pays possédait à aujourd’hui disparue (l’instabilité politique du Nicaragua dans les années 80-90 explique cette différence).

Le mirador du volcan Maderas

Posted by Hélène Legay on octobre 24, 2009
Lieux - Tourisme, Nature, Octobre 2009 / No Comments
Mirador du volcan Maderas

Mirador du volcan Maderas

Une heure et demi d’escalade en prenant son temps et nous voici arrivé au mirador du Volcan Maderas, l’un des deux volcan de l’île d’Ometepe.

Le chemin pour venir est très agréable, aux milieu des champs et des cailloux qui font parfois facilement notre taille. Si l’on regarde bien, nous avons l’occasion d’observer quelques pétroglyphes sur le chemin (gravures précolombiennes). De loin, nous entendons des cris étranges qui font un boucan d’enfer… Il s’agit d’une quantité impressionnante de singes regroupés dans un arbres. A notre approche, ils se taisent mais s’habituent très vite à notre présence et se montre de nouveau. La fin de la balada, dans la forêt avec la terre gonflée d’eau, glisse un peu, la pente se corse mais l’arrivée au Mirador nous fait oublier toute la fatigue éventuelle.

La vue est sublime. Nous passons deux petites heures à profiter de la beauté du paysage et à voir passer les courageux transpirants qui sont partis au sommet (8 heures de marche aller/retour) avant de rentrer à l’auberge écologique où nous logeons au pied du volcan.

Si vous avez l’occasion d’y passer, rien que pour la vue, cela vaut le coup !

Bientôt des nouvelles !

Posted by Hélène Legay on octobre 21, 2009
Octobre 2009 / No Comments

A partir d’Ometepe, je viens d’effectuer un superbe voyage, très instructif sur la côte Caraïbe sur Nicaragua. Je n’ai pas eu l’occasion de passer beaucoup de temps sur un ordinateur car les connections internet sont réduites de ce côté du pays mais mon retour à la capitale est très proche… D’ici un ou deux jours, je vous raconterai tout !

Merci de suivre ce voyage et ¡ Hasta Pronto !

La Lagune de Charco Verde

Posted by Hélène Legay on octobre 14, 2009
Lieux - Tourisme, Nature, Octobre 2009 / No Comments
Proche de la Lagune

Proche de la Lagune

De nombreuses légendes circulent sur le lac de Charco Verde. Celle contée par le propriétaire de l’Hôtel Ortiz où je suis descendue est la suivante : quiconque mange du poisson péché à minuit dans l’eau du lac de Charco Verde se mariera avec un habitant originaire de l’île d’Ometepe… Avis aux amateurs du Nicaragua qui veulent y trouver l’âme soeur.

Le lac de Charco Verde

Le lac de Charco Verde

L’île d’Ometepe

Posted by Hélène Legay on octobre 13, 2009
Lieux - Tourisme, Octobre 2009 / No Comments

Après avoir traversé le nord du pays pendant plusieurs mois, je pars pour un périple plus « touristique » dans les îles et le sud du pays. Le Nicaragua est un pays de 6 millions d’habitants, plus de 70% vivent dans le nord et la côte pacifique du pays. La quasi-totalité de la côte Caraïbes est recouverte de forêt vierge, seul le rivage est occupé de villages de pêcheurs et de 2 villes (Bluefields et Biwili) de respectivement 45 000 et 33 000 habitants.

Avec mes parents venus découvrir le pays, nous allons passer quelques jours sur Ometepe, île au milieu du lac Cocibolca, réputée pour la beauté de ses paysages avant de rejoindre le Rio San Juan, fleuve entouré de forêt vierge. Enfin, nous descendrons le fleuve pour arriver sur la côte atlantique. Pour finir, nous remontrons, toujours en bateau, la côte Caraïbes jusqu’à la ville de Bluefield afin de découvrir les traditions

et cultures de la côte Caraïbes qui sont, selon les dires, bien différentes de la côte pacifique. Je vous tiendrai au courant et vous en parlerai plus amplement quand je saurai réellement de quoi je parle.

En attendant, voici quelques photos de l’arrivée, de nuit sur l’île d’Ometepe :

Le débarquement du bateau pour arriver sur lîle, de nuit...

Le débarquement du bateau pour arriver sur l’île, de nuit…

Des plaques de fer déposées sur le sol

Des plaques de fer déposées sur le sol

Les Isletas de Granada

Posted by Hélène Legay on octobre 13, 2009
Lieux - Tourisme, Nature, Octobre 2009 / No Comments

L’une des attraction principale de Granada est « Les Isletas ». Découvrir les Isletas de Granada, c’est faire un tour en bateau à moteur autour d’une multitude de petites îles privées (plus de 300) qui entourent une presque île proche de la ville. Quelques photos :

Lune des îles des Isletas

L’une des îles des Isletas

Une barque sur le lac Cocibolca (ou lac Nicaragua)

Une barque sur le lac Cocibolca (ou lac Nicaragua)

Niquinohomo, un village des Pueblos Blancos

Posted by Hélène Legay on octobre 12, 2009
Généralités - la vie de la rue, Lieux - Tourisme, Octobre 2009 / No Comments

Juste une petite photo d’un parc coloré. Au Nicaragua, les parques centrales sont des lieux de rassemblement pour se retrouver entre amis à la fin de la journée où de la semaine. Conviviaux, ils sont souvent tout couleur avec de nombreux bancs…

Le parc central de Niquinohomo

Le parc central de Niquinohomo

« Chilisa », nouveau quartier d’Esteli

Posted by Hélène Legay on octobre 12, 2009
Généralités - la vie de la rue, Histoire et Politique, Octobre 2009 / No Comments
Les tentes de lentrée du quartier Chilisa

Les tentes de l’entrée du quartier « Chilisa »

Norma Morales est ma professeur d’espagnol. Fin septembre, je suis retournée chez elle pour une semaine de cours et de tourisme. Après m’avoir présenté à l’un de ses amis libéral afin que je puisse lui poser toutes les questions que je me posais, elle a tenu à me montrer l’un des quartier d’Esteli (la ville dans laquelle elle vit) : le quartier « Chilisa » où se sont installées des familles et groupes de personnes qui n’ont pas de toit. Le terrain appartient en partie à un propriétaire terrien qui n’utilise pas cette portion de terre. Officiellement donc, ces nicaraguayens se sont installés sur une propriété privée en toute illégalité, c’est pourquoi on les appelle les « Toma-Tierra » (preneurs de terres). Plus de deux mille personnes vivent aujourd’hui sur plusieurs dizaines d’hectares. L’expansion démographique du Nicaragua explique en parti ce phénomène. La maison familiale devient trop petite pour les enfants devenus adultes et leur familles. Ils ne peuvent plus construire sur le terrain familial car il devient trop petit. N’ayant pas les moyens d’acheter ou de louer une maison, les familles sans-toit se regroupent afin de survivre en s’installent sur des terres à l’abandon afin de survivre comme ils peuvent. Et effectivement, les conditions de vie dans quelque camping français que ce soit sont bien meilleures que les conditions de vie dans le quartier « Chilisa ». Ici, il n’y a pas d’eau ni d’électricité. Les abris sont construit avec ce que l’on trouve. Les toits sont fait le plus souvent d’amoncellements de cartons et de sacs poubelles en plastique qui laissent s’infiltrer l’eau quand il pleut. Peu à peu, certains des habitants parviennent à s’acheter des matériaux afin de construire un abris de meilleure qualité comme ce couple avec bébé qui vit dans les 5-6 m² d’une cabane en bois.

Une famille dans leur maison

Une famille dans leur maison

La propreté personnelle et l’attention portée à la tenue vestimentaire des personnes qui partent à la ville pour travailler ou trouver du travail m’impressionne. Les chemises sont mieux repassées que ce que je suis personnellement capable de faire avec tout le matériel que je possède. Les voisins s’offrent le café, l’on fait les repas en famille. La plupart des familles tentent d’améliorer leur sort en travaillant d’une manière ou d’une autre, à l’image de cette femme qui cuisine des nacatamales (plat typique) pour aller les vendre en ville. Comme partout dans le monde, les enfants jouent ensemble, courent, et s’entraînent au baseball avec une balle de tennis. La vie continue…

Une femme cuisine des nacatamales

Une femme cuisine des nacatamales